Ought – Sun Coming Down

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Découverts en 2014 avec un premier album impressionnant, More Than Any Other Day, les Québécois de Ought avaient fait se dresser pas mal de poils, notamment grâce à leurs prestations scéniques, réputées habitées. Sur disque, la voix timbrée de Tim Darcy se télescopait avec les riffs de guitares tournoyants, acérés, et cette basse vrombissante, furieuse et pourtant si ronde. On pensait alors aux fantômes de Sonic Youth, aux errances d’un Fugazi trempé dans le béton de tout ce qui s’est fait de plus noisy chez le fameux label Constellation Records, qui abrite Ought, donc. Ça partait bien.

Retour en ce mois de septembre avec Sun Coming Down, titre crépusculaire pour un disque plutôt très lumineux. Si le son se fait plus « garage » et les mélodies encastrées comme des poupées russes, un peu comme chez Pavement, la classe reste intacte. Attention cependant, rien de « lo-fi » ici ne saurait déconstruire le château de cartes post punk de ce deuxième album, non pas sur-produit mais tout simplement ambitieux.

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« Men Of Miles », ouverture qu’on estampillera vite « acte de bravoure » donne le ton avec sa longueur et sa propension à vouloir en découdre avec les codes d’un rock alternatif ici joliment brouillés : Ought n’est pas là pour rigoler avec de la pop ou chatouiller là où ça fait déjà du bien. Non, les Montréalais vont aller vous chercher là où ça gratte précisément, là où ça pique exactement, et depuis longtemps parfois. On ne va pas non plus tomber dans l’exercice masturbatoire qui consiste à « psychologiser » un groupe de rock, qui finalement fait du post punk avec ses tripes… Point. Mais bon, tout de même : l’écriture de Tim Darcy a clairement ce quelque chose de poétique et profond, de syncopé et haché qui vous rentre par les deux oreilles et parcourt le système nerveux central avec conviction.

« Passionate Turn » se veut ensuite plus alambiqué. On pense parfois à Paul Banks (Interpol) et à Ian Curtis certes, mais on se rend à l’évidence -assez rare dès un deuxième album- qui consiste à n’envisager le groupe que pour lui-même, en passe d’être débarrassé de ses influences. C’est que Ought construit son édifice sonore impeccablement. Avec force et puissance. « The Combo » martèle ses riffs et son beat de basse hypnotisant, « Sun’s Coming Down » tournoie et vrille presque vers une espèce de psyché-trash, tandis que « Beautiful Blue Sky » (sans doute le plus beau morceau de l’album) parvient à hisser le groupe vers les sommets de beauté auxquelles il nous avait habitués sur « Habit », pépite issue du précédent album.

Sun Coming Down est entièrement porté par la voix mat de Tim Darcy et les soubresauts mélodiques d’un rock entêtant, comme sur le final « Never Better », épilogue qui porte mal son nom tant on est persuadé de l’avenir de Ought. On notera aussi la quasi perfection du travail d’orfèvre effectué par Radwan Ghazi Moumneh, producteur maison de chez Constellation Records, qui semble avoir tout compris de l’identité sonore de Ought, pour en faire le meilleur album de rock indé de la rentrée.

Ought sera sur la scène de La Maroquinerie (Paris) le 25 novembre 2015.

Arnaud de Vaubicourt

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